Digitalisation des services généraux : comment une startup répond aux nouveaux enjeux du monde du travail
Les services généraux occupent une position particulière dans l’entreprise. Maintenance, propreté, interventions, gestion des espaces, prestataires : leur activité conditionne le fonctionnement quotidien des bureaux, tout en restant souvent peu visible dans les indicateurs de l’entreprise.
La transformation des environnements de travail change cette situation.
Travail hybride, flex office, performance énergétique, qualité de l’air et nouvelles attentes des collaborateurs font émerger un besoin commun : mieux mesurer ce qui se passe dans les bâtiments pour mieux les piloter.
La digitalisation des services généraux répond à cet enjeu en transformant les opérations quotidiennes en données exploitables.
Qu’est-ce que la digitalisation des services généraux ?
La digitalisation des services généraux consiste à intégrer des outils numériques dans la gestion de l’environnement de travail : demandes des collaborateurs, interventions, maintenance, prestations, occupation des espaces ou données issues des bâtiments.
L’objectif est de centraliser ces informations et de les rendre exploitables.
Un incident peut ainsi être enregistré, affecté, suivi puis analysé. Une donnée d’occupation peut être comparée dans le temps. Une intervention peut être associée à un prestataire et à un délai de traitement.
La digitalisation crée donc une continuité entre l’action terrain, la donnée et la décision.
Cette évolution devient particulièrement importante à mesure que les environnements de travail se complexifient.
Pourquoi les services généraux accélèrent leur transformation numérique
Le Covid a rendu la qualité de l’air visible
La crise sanitaire a placé la qualité de l’air intérieur au centre des préoccupations liées aux bâtiments.
Le renouvellement de l’air et la ventilation sont devenus des sujets directement associés à la santé et au confort des occupants. Le ministère de la Transition écologique considère aujourd’hui la qualité de l’air intérieur comme un enjeu de santé publique et rappelle l’importance de la ventilation et de l’aération des locaux.
Pour les services généraux, cette évolution a renforcé l’intérêt du suivi des conditions intérieures.
Les capteurs permettent notamment de collecter des informations sur différents paramètres du bâtiment. Ces données peuvent ensuite alimenter des outils de suivi et de pilotage.
Le bâtiment commence ainsi à produire lui-même une partie des informations nécessaires à sa gestion.
Le flex office transforme la valeur du mètre carré
Le développement du travail hybride modifie également les usages des bureaux.
Lorsque les collaborateurs alternent entre présence sur site et télétravail, l’occupation des espaces devient plus variable. Le sujet dépasse alors l’organisation des postes de travail : il concerne directement le dimensionnement et l’exploitation du patrimoine immobilier.
Le flex office pousse les entreprises à observer davantage l’utilisation réelle de leurs espaces.
Un bureau peu occupé, une salle de réunion saturée ou un espace utilisé uniquement certains jours produisent autant d’informations utiles pour les décisions immobilières.
La donnée d’occupation devient ainsi un outil permettant de rapprocher surface disponible, usage réel et coût immobilier.
Le décret tertiaire transforme la donnée énergétique en enjeu de pilotage
La performance énergétique constitue un autre facteur d’accélération.
Le dispositif Éco Énergie Tertiaire impose aux bâtiments concernés une réduction progressive de leur consommation d’énergie finale, avec des objectifs de -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à 2010. Les consommations doivent être déclarées sur la plateforme OPERAT.
La réglementation crée donc un besoin de mesure et de suivi.
Les démarches de certification ajoutent une autre dimension. WELL s’intéresse notamment à des critères liés à la santé et au bien-être des occupants, tandis que HQE constitue une démarche de certification environnementale des bâtiments.
Réglementation énergétique et certifications convergent sur un même besoin : disposer de données suffisamment structurées pour mesurer et démontrer la performance du bâtiment.
La donnée change le rapport de force
Une difficulté demeure : une grande partie du travail des services généraux reste invisible.
Une demande traitée rapidement disparaît du quotidien. Une intervention préventive qui évite une panne ne produit aucun incident. L’activité ne laisse de trace que lorsqu’elle échoue.
La première réponse a été le ticketing : transformer chaque demande en enregistrement daté, catégorisé, affecté et mesuré. Cette étape est aujourd’hui largement acquise. Elle révèle d’ailleurs un angle mort : chez TotalEnergies, la mise en place d’un outil de ticketing a fait remonter environ 10 % de signalements supplémentaires, soit autant de dysfonctionnements qui n’atteignaient tout simplement jamais les équipes.
Mais un ticket seul ne suffit pas. Il existe parce qu’un occupant a pris le temps de le créer, ce qui en fait une donnée précieuse, et incomplète.
La force vient de la complémentarité entre le déclaratif et l’observé. Un capteur détecte une fuite avant qu’elle ne devienne visible, mais il ne verra jamais une chaise cassée ni une ampoule grillée. À l’inverse, un occupant signale ce qui le dérange, sans pouvoir mesurer un taux de CO2 ni détecter une dérive de température la nuit. L’un capte le ressenti, l’autre l’état réel du bâtiment. Croisées, ces deux sources ne produisent plus le point de vue d’une partie sur une situation, mais un référentiel commun.
C’est là que le rapport de force se déplace réellement, et pas seulement face à la direction. Les services généraux pilotent des prestataires de maintenance, de propreté ou de sécurité. Chacun dispose de ses propres outils et transmet ses propres indicateurs. En revue mensuelle, la discussion oppose deux récits sans arbitre. Un référentiel alimenté indépendamment des deux parties change la nature de l’échange : on ne discute plus de ce qui s’est passé, on discute de ce qu’on en fait.
Le second déplacement concerne l’analyse. Une demande isolée décrit un symptôme. Rapprochée de l’historique du bâtiment et des interventions déjà réalisées, elle peut révéler une cause. Plusieurs signalements comparables sur une même zone en quelques mois ne racontent pas plusieurs incidents, mais un problème structurel jamais traité à la source.
C’est cette bascule qui intéresse aujourd’hui les DET, et que documente le guide du ticketing pour les DET publié par MerciYanis : passer d’un outil qui enregistre à une donnée qui permet de piloter, c’est-à-dire prouver son activité, arbitrer avec ses prestataires et agir sur les causes.
MerciYanis : de la gestion des incidents au pilotage de l’environnement de travail
Cette problématique de terrain est à l’origine de MerciYanis.
Dans une interview publiée par Occitanie Angels, Guillaume Blanc explique que la rencontre avec Yanis, responsable de la maintenance, a contribué à faire émerger le projet. Il présente également la vision initiale de la startup : créer un smart workspace capable d’utiliser les données pour aider les acteurs de l’environnement de travail à anticiper les événements et optimiser les espaces.
Le produit s’est depuis développé autour d’une plateforme et de capteurs IoT destinés à centraliser la gestion de l’environnement de travail. Le site de MerciYanis présente notamment des outils de ticketing, des tableaux de bord et différents capteurs dédiés aux usages du bâtiment.
Cette évolution suit une logique simple :
collecter les informations → les centraliser → les analyser → les utiliser pour piloter.
La startup pousse aujourd’hui cette logique plus loin avec le concept de Workplace Operating System.
Dans son article consacré au WOS, MerciYanis présente cette nouvelle couche logicielle comme un système destiné à orchestrer l’environnement de travail, les prestataires et les données. Le sujet marque une évolution du produit vers une vision plus globale du pilotage du workplace.
L’enjeu devient alors celui de l’interconnexion.
Les demandes des collaborateurs, les interventions, les données d’occupation ou les informations provenant des capteurs peuvent progressivement être considérées comme différentes composantes d’un même environnement de données.
L’IA ouvre une nouvelle étape pour les services généraux
La donnée constitue une matière première. L’intelligence artificielle ajoute une capacité d’analyse et d’automatisation.
Pour les Directions de l’Environnement de Travail, les usages peuvent concerner des tâches très concrètes : préparer un reporting, analyser des données issues de capteurs, structurer un appel d’offres ou identifier des incidents récurrents.
Le guide IA pour les environnements de travail de MerciYanis présente notamment l’IA comme un moyen de gagner du temps sur les tâches chronophages, de transformer les données en éléments exploitables par la direction et de réaliser certaines analyses sans mobiliser systématiquement la DSI.
L’intérêt de l’IA repose donc sur une condition préalable : disposer de données suffisamment structurées.
Une entreprise qui centralise ses demandes, mesure ses activités et collecte les informations de ses bâtiments possède déjà la matière nécessaire pour aller vers des usages analytiques plus avancés.
L’évolution technologique suit ainsi une progression cohérente :
digitaliser l’activité → structurer la donnée → exploiter la donnée avec l’IA.
Pour les services généraux, cette évolution peut progressivement déplacer le métier vers davantage d’analyse et de pilotage.
Pourquoi l’accompagnement compte pour une startup comme MerciYanis
Transformer une problématique métier en produit nécessite plusieurs étapes : comprendre le besoin, développer une solution, trouver ses premiers utilisateurs, faire évoluer le produit et accélérer sa commercialisation.
Le financement constitue l’un des leviers de cette trajectoire.
Les Business Angels peuvent apporter du capital, mais aussi leur expérience entrepreneuriale, leurs compétences et leurs réseaux.
Occitanie Angels accompagne des startups innovantes dans leur développement et leur recherche de financement. Le réseau présente parmi ses entreprises accompagnées des acteurs issus de secteurs variés, dont MerciYanis.
L’expérience de MerciYanis illustre cette dimension de l’accompagnement. Guillaume Blanc explique que les Business Angels ont notamment contribué à élargir le réseau de la startup et à la mettre en relation avec de nouveaux prospects.
Le rôle de l’investisseur dépasse ainsi la seule participation financière.
Pour une startup qui développe une solution destinée à transformer un métier, l’accès à des compétences, des réseaux et des interlocuteurs capables de comprendre les enjeux du marché peut accélérer le passage de l’innovation à son adoption.
Les services généraux deviennent une fonction pilotée par la donnée
La digitalisation des services généraux répond à une transformation plus large du monde du travail.
Le bâtiment devient plus connecté. Les espaces sont utilisés différemment. Les entreprises doivent suivre leur performance énergétique. Les directions attendent davantage de données pour arbitrer leurs décisions.
Dans ce contexte, les services généraux disposent d’un nouveau levier : transformer les opérations quotidiennes en données utiles à la décision.
Le ticketing rend l’activité visible. Les capteurs apportent des informations sur le bâtiment. Les tableaux de bord structurent le pilotage. L’IA ouvre de nouvelles possibilités d’analyse.
L’évolution de MerciYanis illustre cette trajectoire, depuis la gestion opérationnelle jusqu’à une vision plus globale du pilotage de l’environnement de travail.
C’est aussi ce qui fait l’intérêt des startups dans la transformation des entreprises : partir d’un problème métier concret et construire progressivement une réponse technologique capable de changer les pratiques.
Sources
- France Num — Baromètre France Num 2025 : données sur l’évolution des usages numériques et de l’IA dans les TPE-PME.
- Ministère de la Transition écologique — Éco Énergie Tertiaire : objectifs de réduction des consommations énergétiques des bâtiments tertiaires et dispositif OPERAT.
- Ministère de la Transition écologique — Qualité de l’air intérieur : enjeux liés à la qualité de l’air et à la ventilation des bâtiments.
- INSEE — Télétravail et présentiel : le travail hybride, une pratique désormais ancrée dans les entreprises : données sur le télétravail en France.
- WELL Building Standard — informations sur les critères et le fonctionnement de la certification WELL.


